Nouvelle action d’Extinction Rebellion

Genève • Dans un acte de désobéissance civile, le mouvement a porté des accusations à l’encontre d’Ethos, une fondation de conseils en investissements. Des reproches auxquels elle a répondu publiquement.

Les militant.es d’Extinction Rebellion ont déployé leurs banderoles sur la façade du bâtiment qu’occupe la fondation Ethos. (JSo)

Vendredi dernier, au matin, dans le quartier du Pont-Rouge l’ambiance est au calme. A la terrasse d’un café, aux côtés de représentants des principaux médias genevois, nous attendons qu’Etienne, membre du mouvement citoyen pour la protection du climat et de la biodiversité, Extinction Rebellion (XR), nous indique «la cible» du jour. Alors que plusieurs groupes d’individus arrivent soudainement de toute part, Etienne nous informe que dans leur viseur se trouve la Fondation Ethos. Elle nous sera d’abord présentée comme gérant «un tiers des actifs des caisses de pensions en Suisse», dont celle de l’Etat de Vaud (CPEV) et celle de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG) (1).

Caisses de pension controversées

Pendant qu’une partie des membres d’XR fait irruption dans le bâtiment d’Ethos, une autre s’installe sur le parvis et expose ses motivations. «Les caisses de pension confient l’argent de nos retraites à la fondation Ethos parce qu’elles pensent qu’elles seront investies de manière responsable, dans le respect de la charte de la fondation. Visiblement ce n’est pas toujours le cas», explique une membre d’XR qui rappelle que la dite charte stipule que la fondation a pour buts de «favoriser la prise en compte, dans les activités d’investissement, des principes du développement durable et des règles de bonne pratique en matière de gouvernement d’entreprise» et de «promouvoir un environnement socio-économique stable et prospère, au bénéfice de la société civile dans son ensemble et qui préserve les intérêts des générations futures». Or, pour XR, la présence des compagnies Nestlé et Holcim, multinationale active dans le ciment et basée en Suisse, «dans le portefeuille» d’Ethos est incompatible avec ces buts.

Le mouvement reproche, notamment, aux deux entreprises d’être «responsables respectivement de 110 et 130 millions de tonnes de CO2 par année», ce qui représenterait «trois fois» les émissions suisses. Alors que l’exposé des motifs de l’action se termine, deux militantes descendent la façade du bâtiment en rappel afin d’y apposer des banderoles. Sur l’une d’elles on peut lire «Ethos tes investiss’mentent». Pendant ce temps des militant.es repeignent la façade et d’autres le parvis. Dans une action assez théâtrale, ils.elles font mine de laver ce dernier à l’aide d’une sorte de jus vert, comme pour symboliser le «greenwashing» reproché à la fondation.

Intervention policière

Débarquent alors une quinzaine d’éléments du peloton de Gendarmerie mobile en tenue anti-émeute. «Votre manifestation n’est pas autorisée. Le propriétaire du bâtiment porte plainte. Toute personne présente devra présenter une pièce d’identité et pourra être poursuivie», tance un gendarme à l’aide d’un mégaphone aux près de 60 membres d’XR présent.es. Ce qui ne semble impressionner personne puisque l’action continue.

Certain.es militant.es profiteront même de la présence de la police les encerclant, pour mener une forme de pédagogie climatique auprès des agents. «Vous devez protéger le peuple, pas les multinationales!», lance l’un d’eux à un gendarme, tandis qu’un autre lui demande, «Vous n’avez pas honte? Ce sont vos retraites dont il est question. Vous avez sûrement des enfants et c’est pour eux que l’on se bat». Aucune violence ne sera exercée par les forces de l’ordre, ce matin-là. Elles se contenteront de nasser la foule. Ceci avant de rompre les rangs sans raison apparente. Pour aller se dissimuler derrière les pylônes de l’entrée du bâtiment.

Discussion publique

Un retrait policier possiblement dû à l’arrivée sur le parvis de M. Vincent Kaufmann, directeur d’Ethos, venu répondre publiquement à XR devant journalistes et caméras. Selon lui, il y a incompréhension. «Nous donnons des conseils aux caisses de pensions et des notes aux investissements, comme à l’école, mais ce sont les caisses qui ont le dernier mot quant aux choix de ces derniers», explique-t-il. Ceci aux côtés de la petite délégation de XR qui a mené des pourparlers à l’intérieur et lui a proposé cet échange public. En sus de ces conseils et notations, Ethos est actionnaire d’entreprises qu’elle recommande afin de peser sur les conseils d’administration de celles-ci, d’après M. Kaufmann. «Nous y possédons souvent 0,01% d’actions. Parfois les caisses nous délèguent leur vote. Nous montons alors à 5 ou 6%», développe-t-il.

«Alors c’est ainsi que cela fonctionne? Il faut être présent dans des conseils d’administration pour décider de l’avenir d’une planète qui appartient littéralement à tout le monde», s’insurge une militante. «C’est une question de modèle économique. Vous n’allez pas me tenir responsable de cela», rétorque le directeur d’Ethos. Soulignant à demi-mot une absence dans la mobilisation, celle du terme capitalisme que nous n’avons pas entendu une seule fois.

Greenwashing?

Questionné sur les accusations de «greenwashing» liées au fait qu’Ethos continue de recommander les investissements dans Nestlé et Holcim, M. Kaufmann répond: «Nous le faisons car ces entreprises ont proposé des roadmaps (plans et objectifs sur les questions écologiques et sociales). Par notre travail, nous pouvons avoir un suivi sur ces derniers, réaliser des rapports en la matière pour voir comment les choses évoluent». Afin de permettre à XR de faire entendre ses revendications, le directeur d’Ethos s’est engagé à proposer au Conseil de fondation qu’il reçoive une délégation lors de sa prochaine réunion prévue en septembre.

Au moment où la foule commence à se disperser, sans être inquiétée, nous demandons à un policier si des personnes seront poursuivies par le propriétaire du bâtiment. Il explique qu’en réalité il n’y a jamais eu de dépôt de plainte de ce dernier.

1 La CPEG et la Caisse Paritaire de Prévoyance de l’Industrie et de la Construction(CPPIC) sont cofondatrices d’ Ethos.

 

Extinction Rebellion presse Berne d’agir

Extinction Rebellion (XR) pose une forme d’ultimatum au Conseil Fédéral. Ce dernier est sommé de s’engager d’ici au 20 septembre à «dire la vérité», en déclarant l’urgence climatique et écologique. Il doit aussi «agir maintenant» et mettre fin immédiatement à la destruction des écosystèmes, par une réduction des émissions anthropiques de gaz à effet de serre à zéro net d’ici à 2025. Le Gouvernement est enfin mis en demeure de «dépasser les divisions et blocages politiques» en mandatant des Assemblées citoyennes tirées au sort pour décider de la marche à suivre. Si ces engagements ne sont pas tenus, les membres d’XR promettent de paralyser la plus grande ville du pays, Zurich, à compter du 3 octobre 2021. Et ce jusqu’à ce que leurs demandes soient satisfaites.