L’éducation sexuelle est-elle vraiment efficace et égalitaire?

Le chronique féministe• Les informations données aux jeunes filles sur leur corps dans le cadre des cours d'éducation sexuelle sont parfois carrément fausses! En effet, le clitoris, pourtant l’organe du plaisir féminin, est montré sous une forme inexacte: en général comme une petite cacahuète située approximativement dans la vulve. Une étude française datant de 2011 montre qu’une jeune fille de 15 ans sur quatre ne sait pas qu’elle a un clitoris. On imagine donc le nombre d’entre elles qui ne connaissent pas sa véritable anatomie...

Planche anatomique du clitoris.

En Suisse romande, des cours d’éducation sexuelle, facultatifs, sont proposés depuis les années 1970 dans les cantons pionniers comme Vaud et Genève, et depuis plus de vingt ans dans tous les cantons romands. Cette tâche est en général confiée à un service de l’Etat ou du planning familial, comme à Genève et à Fribourg. Ailleurs, elle est confiée à une organisation externe mandatée par les autorités, comme Profa dans le canton de Vaud. Durant leur scolarité, les écoliers vaudois rencontrent une formatrice en 3e, 6e, 8e, 10e et 11e année. Mais ces cours ne sont malheureusement pas obligatoires et les parents peuvent décider si leur enfant y participe ou non. Heureusement, chaque année, en Suisse romande, un nombre infime d’écoliers est dispensé.

Les cours d’éducation sexuelle sont donc gérés au niveau cantonal, car il n’existe aucune directive pédagogique au niveau national. On peut tout de même noter une certaine homogénéité dans les divers cantons. Seule différence notoire au niveau du programme: le cours de prévention des abus pour les 6-7 ans varie selon les cantons. En Valais, par exemple, il est laissé au bon vouloir des communes.

La formation, inscrite dans le Plan d’études romand, fait référence aux standards européens de l’OMS (organisation mondiale de la santé) en la matière. Elle définit l’éducation sexuelle comme suit: l’éducation sexuelle signifie l’apprentissage des aspects cognitifs, émotionnels, sociaux, interactifs et physiques de la sexualité. Elle permet aux enfants et aux jeunes de faire des choix qui améliorent leur qualité de vie et contribuent à une société bienveillante et équitable. Tous les enfants et jeunes ont le droit d’accéder à une éducation sexuelle adaptée à leur âge et à leur niveau de développement.

On note aussi que l’OMS préconise un minimum de 14 périodes de cours d’éducation sexuelle. Or, nous constatons qu’en Suisse romande, nous sommes plus près de 10 périodes dispensées dans nos écoles. Profa, suite à des interpellations provenant de partenaires et de parents d’élèves, a conçu, en 2007, un document qui présente dans le détail les contenus des cours d’éducation sexuelle par tranche d’âge. Vu le nombre important de thèmes figurant sur cette liste, il apparaît que tous ne peuvent pas être traités lors de chaque cours. Ceux-ci font donc l’objet d’une mise en priorité qui dépend cependant fortement de la classe d’âge. Les incontournables étant: le corps sexué (être un garçon, être une fille, les différences, les ressemblances), les abus sexuels, les organes sexuels, la puberté, la contraception, la masturbation, la prévention des IST, l’homosexualité (à noter qu’avant 2007, une animatrice PROFA ne pouvait parler d’homosexualité en classe que si un élève posait des questions à ce sujet.)

L’éducation à la sexualité en milieu scolaire reste donc anecdotique, inadaptée et centrée sur la reproduction. Une petite minorité d’élèves bénéficie aujourd’hui d’une réelle et efficace information sur la sexualité. Résultat: loin des notions de plaisir, respect et consentement, les adolescents – filles comme garçons – sont confrontés à des images stéréotypées véhiculées par les médias, la publicité, et baignent très jeunes dans un sexisme, notamment sur les questions liées à la sexualité, qui n’est pas déconstruit ni combattu.

Pire, et c’est peut-être bien là le plus gros problème, les informations données aux jeunes filles sur leur corps sont carrément fausses! En effet, le clitoris, pourtant l’organe du plaisir féminin, est montré sous une forme inexacte: en général comme une petite cacahuète située approximativement dans la vulve. Une étude française datant de 2011 montrait qu’une jeune fille de 15 ans sur quatre ne sait pas qu’elle a un clitoris. On imagine donc le nombre d’entre elles qui ne connaissent pas sa véritable anatomie.

Pour remédier à cet oubli/omission, en voici une description: le clitoris n’est pas qu’un bouton. Le bouton qu’on stimule est la partie émergée de l’iceberg. Il continue à l’intérieur avec un coude et deux jambes qui se prolongent et auxquelles sont attachés des bulbes qui viennent entourer le vagin. En gros, il ressemble un peu à un canard. Il fait une taille de 8 à 12 cm de long et il contient 8000 terminaisons nerveuses, ce qui en fait l’organe le plus sensible du corps humain, bien plus que le pénis.

Cette différence de traitement entre garçons et filles – les garçons étant eux bien lotis quant à la connaissance sur leur organe sexuel – n’est qu’un exemple de plus du manque d’égalité entre femmes et hommes. Comment peut-on justifier une telle discrimination sans aucun fondement? Le rôle de l’éducation sexuelle devrait être de présenter le corps de la fille/femme comme étant aussi important que celui du garçon/homme, tout comme le plaisir que ce corps peut leur apporter.

Il est si important d’apprendre la tolérance envers les différentes formes de sexualités, comment avoir une sexualité sûre et saine, comment savoir ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas et surtout de connaître son propre corps car c’est le seul moyen de permettre aux hommes et aux femmes d’avoir une sexualité conforme à ses envies et jouissive. Ceci est encore plus vrai pour les femmes, car nous avons bien vu que le corps féminin et son appareil sont encore très méconnus de beaucoup d’entre nous toutes. Le savoir a toujours été synonyme d’émancipation et donc de liberté. Tout individu doit avoir la liberté de choisir sa sexualité et d’en jouir pleinement, mais pour ça, le seul moyen est de connaître son corps pour se sentir libre de le prendre en main!

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