Ouverture de saison avec cymbalum à la SMC

Musique• La musique contemporaine utilise depuis plus d’un siècle le «piano tzigane», devenu instrument classique en solo, en musique de chambre et dans l’orchestre.

Le cymbalum, arrivé en Europe au XIe siècle, est joué dans les pays de l’Est et les orchestres tziganes.

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La saison de la Société de musique contemporaine de Lausanne commençait de façon pour le moins originale puisque l’instrument vedette était le cymbalum, lequel semble inspirer les compositeurs contemporains au même titre d’ailleurs que d’autres instruments folkloriques. L’ensemble Les Temps Modernes l’a intégré à sa formation et présentait en la salle Utopia I du Conservatoire de Lausanne cinq pièces écrites entre 1996 et 2013, qui mettaient en valeur la richesse insoupçonnée de sonorités et de modes d’écriture qu’offre le cymbalum en solo ou avec flûte, clarinette et cordes.

Un instrument né au Moyen-Orient
L’histoire du cymbalum, sorte de cithare sur table, remonterait à quelque 3000 ans avant J.Ch. en Mésopotamie. Cité dans le Bible, cet instrument, dont le nom et la facture varient suivant les régions, arrive en Europe probablement au XIe siècle et sera surtout joué dans les pays de l’Est, en particulier dans les orchestres tziganes. Il subit de nombreuses modifications selon les lieux et les époques, dont celles apportées au 19e siècle par le Hongrois Schunda, qui ajoute au modèle portable des pieds et des étouffoirs actionnés par une pédale. Quelque 130 cordes tendues sur une caisse de résonance en bois sont frappées avec des baguettes, parfois pincées. Accordé de façon chromatique, le cymbalum de concert couvre quatre à cinq octaves. Liszt sera le premier à l’introduire dans l’orchestre classique. Il sera utilisé par Stravinski, qui le découvre dans un cabaret genevois où l’avait emmené Ansermet, par Kodaly, Bartok, Dutilleux, Holliger, Boulez et bien d’autres, dont les cinq compositeurs à l’affiche du concert de la SMC l’autre soir.

Une richesse sonore révélée par le cymbaliste Cyril Dupuy
Le cymbaliste Cyril Dupuy, d’ascendance tsigane, révélait avec une maîtrise confondante «les ressources timbriques et articulatoires» que le compositeur Alessandro Solbiati exploite dans les huit pièces de son Quaderno dei immagini pour cymbalum solo: fulgurances sonores, scintillement des aigus, ampleur et profondeur des basses, traits virtuoses ou tendresse mélodique. On découvrait vraiment l’instrument et les possibilités qui inspirent la française Raphaele Biston, manifestement séduite principalement par le jeu des résonances alliées à celles des flûte, clarinette et violoncelle, tandis que le hongrois Franck Yeznikian, Prix Goncourt de la poésie en 1998 et médecin, tente de traduire les mots en sons en cherchant à créer de nouvelles couleurs.

Avec Psy, Pèter Eötvös reprend les idées d’une œuvre pour orchestre, Psychokosmos, inspirée par l’univers sans limite que semblait ouvrir la théorie du Big–Bang et le vol de Gagarine. Il ne s’agit pas d’une transcription mais d’une sorte de paraphrase, où le cymbalum en trio avec flûte et violoncelle est par moment soliste, par moment compose l’harmonie de base. On y perçoit la force, la poésie et la maîtrise créatrice du compositeur, hongrois lui aussi. Le concert se terminait avec Etude sur la vie de l’italien Luca Antignani, qui fut élève de Solbiati et enseigne à Lyon et à Lausanne. Inspiré du fameux tableau énigmatique de Picasso La Vie, ce sextuor pour flûte, clarinette et cordes crée des visions qui se transforment, se métamorphosent, jouant sur le son et ses modalités. Les Temps modernes servent remarquablement toutes ces œuvres, alliant dans leurs interprétations justesse, sensibilité et équilibre.

Une saison passionnante et des créations à l’affiche

Ce début de saison augure d’une suite de découvertes passionnantes, outre le plaisir de réentendre des pièces entre-temps connues comme celle de Boulez par exemple, qui seront données à Kléber-Méleau pour clore la série de concerts le 1er juin 2018. D’ici là, Nono, Crumb, Varese, Xena kis et d’autres compositeurs que l’on n’entend qu’à la SMC sont à l’affiche à l’avenue de la Grotte ou au BCV Hall. Les soirées commencent à 19h, parfois avec une présentation; dans ce cas une courte pause avec collation précède le concert qui débute à 20h environ.

A l’affiche le 13 novembre, trois créations mondiales: le Genevois Nicolas Bolens, qui fut en 1993 lauréat du concours pour Jeunes compositeurs institué alors par Jesus Lopez Cobos à l’OCL, l’Argentin Luis Naon avec une pièce pour cor, basson, trombone et ensemble, et le Français Bruno Mantovani, titulaire entre autres du prix Claudio-Abbado de la Philharmonie de Berlin, seront joués par le Lemanic Modern Ensemble. Cet orchestre, dont William Blank assure la direction musicale, fête ses dix ans; il est né de l’envie de jeunes musiciens de former un ensemble instrumental contemporain et groupe des artistes venus des deux côtés du Léman, d’où son nom. Prochaines dates des concerts SMC: 27 novembre, 4 décembre, 18 décembre, puis en 2018 15 janvier, 5 mars, 12 mars, 26 mars, 23 avril, et 1er juin.

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