Une gifle pour la droite et le groupe privé Genolier

Neuchâtel• La population du canton a refusé à plus de 76% de démanteler la CCT 21, comme le proposait la droite. Mais cela n’empêche pas cette dernière de continuer à s’attaquer aux salaires sous prétexte de lutter contre les coûts de la santé.

Il y a de quoi être particulièrement satisfait de la décision de la population neuchâteloise, qui a soutenu massivement dimanche dernier, par plus de 76% des voix, le maintien de l’actuelle CCT santé 21. Malgré une participation de moins de 30% au scrutin, la netteté du choix populaire réjouit les femmes et les hommes soucieux de cohésion sociale. Toutes les communes du canton, y compris celles qui votent le plus à droite, ont refusé le démantèlement que la droite parlementaire voulait imposer, en créant deux CCT au lieu d’une, supposant évidemment de moins bonnes condition de travail pour une partie du personnel de la santé.

Pourquoi pas inviter Cuba?

Malgré cette décision claire et nette, le PLR et l’UDC continuent à prétendre que cette CCT est trop généreuse avec le personnel et trop coûteuse pour un canton en difficultés financières et qu’elle contribue à des coûts de la santé élevés. Il n’est cependant pas question pour eux de s’interroger sur les salaires des médecins chefs ou des membres du Conseil d’administration, sur la profusion des médecins spécialistes ou encore sur la politique des caisses maladie! Pas question non plus de remettre en question la logique suicidaire de la concurrence entre les établissements, imposée par la Confédération. Invitée par la RTS à commenter les résultats neuchâtelois, la conseillère nationale PLR Isabelle Moret a enfourché la même rengaine, affirmant qu’il fallait se montrer audacieux pour juguler la hausse des coûts de la santé et ne pas hésiter à envisager, parmi d’autres mesures, de toucher aux salaires du personnel, précisant toutefois qu’elle ne pensait pas qu’aux petits salaires mais aussi aux salaires plus élevés.

Dans l’optique de fournir une vision plus large de la situation, il aurait été intéressant d’inviter un représentant de Cuba pour expliquer comment un petit pays pauvre peut offrir à sa population la gratuité de la santé!
Au vu de ces discours, la décision des Neuchâteloises et Neuchâtelois ne peut qu’apporter un peu de baume dans un secteur particulièrement malmené. Daniel Ziegler, président du POP neuchâtelois, souligne que cette votation a permis d’éviter la fragilisation de la situation du personnel et les risques de dumping salarial. Dans son communiqué, le POP exprime sa reconnaissance et son plus grand respect envers les quelques 5700 salariés concernés.

La pression de Genolier
Rappelons que les deux lois soumises à votation auraient obligé la renégociation de conventions collectives séparées, pour le personnel soignant d’un côté, et pour le personnel non-soignant de l’autre. Même si le conseiller d’Etat Laurent Kurth n’a pas voulu le reconnaître, le résultat de cette votation constitue une grande victoire de la gauche syndicale et politique largement rassemblée. Le PLR, dont plusieurs membres sont engagés au sein des diverses instances des cliniques privées, s’est fait gifler par le peuple.

Mais c’est aussi un échec pour le groupe de cliniques privées Genolier (GSMN), qui ne cache pas ses ambitions dans le canton et qui est ouvertement opposé à la CCT21, qu’il refuse de signer, exerçant une forte pression en ce sens sur le Conseil d’Etat. Dans l’excellent éditorial de Gustavo Kuhn paru dans Le Courrier du 28 novembre, l’auteur rappelle à ce titre que la position du gouvernement neuchâtelois est ambiguë. Car s’il a soutenu la CCT 21 lors de la campagne, il a précédemment contribué à son affaiblissement en cédant plusieurs fois aux exigences de Genolier. Puis, «il a même ouvert la porte à une certaine libéralisation du secteur en signant de nouveaux partenariats avec GSMN en janvier de cette année», souligne Gustavo Kuhn.

Si cette votation représente un signal positif, de toute évidence, tout n’est pas encore assuré pour l’avenir.

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