Mieux rémunérer les producteurs de lait

Agriculture• Uniterre vient de lancer une pétition nationale qui demande une meilleure rémunération des producteurs de lait. Elle veut aussi renforcer leur pouvoir de négociation au sein de l’Interprofession du lait.

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Le syndicat paysan Uniterre a lancé le 23 novembre dernier une pétition intitulée « Pour Fr.1- par litre de lait payé aux producteur-trice-s afin qu’ils puissent vivre dignement!». «Nous exigeons que la loi sur l’Agriculture soit respectée, en particulier le point qui stipule que les paysan-ne-s doivent disposer d’un revenu comparable à la moyenne des revenus de leur région», clame la pétition, qui sera remise au ministre de l’agriculture Johann Schneider-Ammann au printemps 2018. Elle demande aussi que les producteurs soient mieux représentés dans le cadre de la fixation des conditions d’achat et de vente du lait par l’interprofession du lait (IP-Lait).

la marge des distributeurs augmente
C’est qu’aujourd’hui, si l’on paie une brique de lait en grande surface aux alentours de 1,50fr., le producteur ne reçoit que 55 centimes en moyenne par litre de lait vendu, ce prix descendant parfois jusqu’à 49 ou 50 cts. Un montant qui, malgré l’apport des paiements directs, «couvre à peine la moitié des coûts de production», dénonce Uniterre. Et d’ajouter que «si en 20 ans, le prix de la brique de lait a baissé de 10% pour le consommateur, le prix a chuté de près de 50% pour les paysans [… ce qui ] signifie ni plus ni moins que les intermédiaires – acheteurs, transformateurs, distributeurs – augmentent leurs bénéfices, au détriment du premier et du dernier maillon de la chaîne». Conséquence: «Près de 1000 éleveurs cessent la production laitière chaque année, les petites structures sont abandonnées, des emplois sont perdus et le milieu rural perd de son essence. Et trop souvent, cette situation pousse les familles paysannes vers un drame inexorable», poursuit le syndicat paysan.

La problématique n’est pas nouvelle. En 2008, les paysans suisses s’étaient mis en grève pour protester contre un prix insuffisant payé au producteur. Ils avaient alors obtenu une augmentation du prix du lait de 6 centimes, mais celui-ci avait à nouveau été baissé de 9 centimes 6 mois plus tard.

Un rapport de force inégal
Pour Uniterre, cette situation résulte de l’absence d’outils permettant aux producteurs d’adapter leur production à la demande, afin d’éviter une surproduction qui pousse les prix à la baisse, mais aussi de leur situation de faiblesse par rapport aux acheteurs et transformateurs, notamment au sein de l’interprofession du lait (IP-Lait), qui regroupe l’ensemble des acteurs de la filière et détermine les conditions et modalités d’achat du lait via un contrat-type. Ce dernier, récemment décrété de force obligatoire par la Confédération, prévoit que «tout acheteur de lait est tenu d’annoncer à ses fournisseurs le vingtième jour du mois au plus tard, les quantités et les prix de ses achats du mois suivant».

Une mesure qui représente un premier pas, notamment du fait de l’instauration de la force obligatoire qui n’existait pas avant, mais qui n’est «de loin pas suffisante» pour Uniterre, qui estime qu’«une communication mensuelle (…) ne permet pas aux producteurs d’adapter leur production». Et de rappeler que «la loi prévoit des contrats d’une durée d’une année définissant les quantités, les prix et les modalités de paiement». Par ailleurs, «la segmentation (prix différent payé pour différents types de lait, ndlr) continue à être appliquée de manière opaque», dénonce le syndicat. Pour lui, ce contrat «illustre le manque de représentativité de l’IP-Lait», où «l’industrie et le commerce laitier sont largement dominants». «Une réforme permettant une représentation plus forte des producteurs est nécessaire», assène le syndicat.

Et de conclure: «Aujourd’hui, paysan-ne-s et consommateur-rices ont le pouvoir de mettre fin, ensemble, à cette spirale infernale (…) Nous avons à cœur de tout faire pour maintenir la production laitière dans notre pays, et cela ne pourra se faire qu’en rémunérant correctement les producteurs de lait (…) Il faut agir pour que les transformateurs et les distributeurs diminuent leurs marges et payent équitablement le litre de lait à la production pour permettre aux paysan-ne-s de vivre dignement!»

La pétition peut être signée sur www.uniterre.ch

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