Voie royale pour l’initiative dentaire

Vaud• Après de longs débats animés, la droite vaudoise, obstinée, a coulé toute forme de contre-projet à l’initiative d’Ensemble à Gauche pour le remboursement des soins dentaires. L’initiative en ressort renforcée.

«Les soins dentaires sont remboursés dans de nombreux pays sans que cela ne les conduise à la ruine», a argumenté Hadrien Buclin, d’Ensemble à Gauche.

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Grâce à l’obstination de la droite, l’initiative pour une assurance obligatoire couvrant les soins dentaires lancée par le POP et solidaritéS a le vent en poupe. Depuis plusieurs semaines, le contre-projet proposé par le Conseil d’Etat était en discussion au Grand conseil, où le PLR et l’UDC se sont employés à le vider de sa substance (voir notre editorial). Cette semaine, en troisième débat et après de longues heures de palabres, ces mêmes groupes ont finalement rejeté totalement le contre-projet qu’ils avaient eux-mêmes dépecé, si bien que seule l’initiative sera soumise au peuple. Elle a dès lors obtenu le soutien du Conseil d’Etat, du Parti socialiste, des Verts, du PDC et de Vaud Libre, ce qui augmente de fait ses chances de succès.

«Une boîte de pandore»
Le Grand Conseil devait choisir mardi entre deux versions dénaturées du contre-projet du Conseil d’Etat. La première, issue du premier débat et soutenue par le PLR et l’UDC, prévoyait des mesures uniquement à l’attention des enfants et jeunes jusqu’à 25 ans. La seconde, résultant d’amendements des Vert’s libéraux amenés lors du second débat, voulait faire bénéficier également les personnes ayant atteint l’âge de l’AVS et celles en situation de handicap particulièrement vulnérables de mesures de prévention et de prise en charge améliorées. «Les dispositions que nous proposons sont très prudentes et restrictives et on peut être certain que cela ne représentera pas une très forte hausse des coûts pour l’Etat», a défendu, en vain, à l’attention du PLR et de l’UDC, la Vert’libérale Claire Richard.

Mais pour la droite, c’était déjà trop. «Etendre toujours plus les aides ne nous semble pas positif», a argumenté l’UDC Philippe Jobin, alors que Christelle Luisier, du PLR, allait jusqu’à affirmer qu’un élargissement de la prévention et des aides financières aux personnes âgées équivaudrait à «ouvrir la boîte de pandore». Seule voix discordante au sein du PLR, le médecin Philippe Vuillemin: «Je vois tous les jours l’importance de soins dentaires chez les personnes âgées, je ne peux pas m’opposer aux propositions des Vert’libéraux. Au final ce qui compte est la prestation de serment que j’ai fait en tant que médecin», a-t-il expliqué.

«Une peau de banane»
Ensemble à gauche a également refusé de soutenir les propositions des Vert’libéraux, considérées comme «une peau de banane sous les pieds de notre initiative». «Elles sont présentées comme une avancée mais maintiennent en fait le statu quo. Les retraités vulnérables sont déjà soutenus via les prestations complémentaires», a argumenté Hadrien Buclin, de solidaritéS. «Nous ne voulons pas d’un texte qui apporte très peu de choses et qui ne va être utile que pour disqualifier l’initiative», a ajouté le popiste Marc Vuilleumier.

La socialiste Brigitte Crottaz a également regretté une version «qui n’apporte quasi pas d’amélioration par rapport à la situation actuelle». «Les personnes de 20 à 65 ans vulnérables sur le plan économique, qui étaient inclues dans le contre-projet initial du Conseil d’Etat, ne pourront bénéficier d’aucune aide financière pour faire face à des soins particulièrement coûteux. Elles vont renoncer aux soins et lorsqu’elles arriveront à 65 ans il sera trop tard pour agir», a-t-elle lancé, rappelant qu’«il ressort de plusieurs études récentes que des factures de plusieurs centaines voir milliers de francs ne peuvent être assumées par une part grandissante de la population». Son groupe, tout comme le Conseil d’Etat, était malgré tout prêt soutenir le contre-projet tel que proposé par les Vert’libéraux. Mais celui-ci a été balayé.

Dernier acte

Ne restait alors plus que la version du PLR et de l’UDC, qui dénaturait encore plus la proposition initiale du Conseil d’Etat. Tant et si bien que ce dernier a décidé de lui retirer son soutien. «Elle ne règle pas les principaux problèmes d’accès aux soins. Le Conseil d’Etat dans sa majorité donne sa préférence à l’initiative», a expliqué Pierre-Yves Maillard, précisant, face à la réaction outrée du PLR, qu’il avait averti dès le départ de cette possible évolution.

Au final, la droite a décidé de refuser même sa propre version. «Nous n’allons pas soutenir quelque chose qui n’a pas l’air de plaire au Conseil d’Etat», a argumenté le PLR Marc-Olivier Buffat, alors que la gauche accusait son parti d’avoir dès le départ coulé toute forme de compromis par des positions dogmatiques. «Maintenant, le peuple doit s’exprimer. Et son choix nous orientera pour continuer à trouver des solutions concrètes. Place au débat et au vote populaire», a conclu le conseiller d’Etat Maillard dans une ambiance animée.

20 francs par mois
Au final, en l’absence de tout contre-projet, l’initiative d’Ensemble à Gauche a obtenu le soutien des socialistes, des Verts, du PDC, de Vaud Libre et du Conseil d’Etat. Pour rappel, elle propose une assurance obligatoire et un dispositif de prévention avec un réseau de policliniques régionales et doit être financée par un prélèvement paritaire de 0,4% environ sur les salaires, sur le modèle de l’AVS.

«Pour une personne qui gagne 5000 francs par mois, cela représentera environ 20, 75 francs par mois et la couverture des soins dentaires profitera à l’ensemble de la famille. Une grande majorité de la population serait donc gagnante», a lancé Jean-Michel Dolivo, de solidaritéS. «Les soins dentaires sont remboursés dans de nombreux pays qui nous entourent sans que cela ne les conduise à la ruine», avait souligné, un peu plus tôt dans les débats, Hadrien Buclin. L’initiative sera soumise au vote le 4 mars.

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