La gauche crie à la fraude à la présidentielle au Honduras

Honduras• A la suite d’une panne électronique au cours des élections, le chef de l’Etat sortant et figure de la droite Juan Orlando Hernandez aurait repris l’avantage sur l’Alliance contre la dictature. Le pouvoir a décrété l’état d’urgence pour étouffer les manifestations de contestation (par Cathy Dos Santos, paru dans l’Humanité).

A l’heure où nous écrivions ces lignes, le Honduras n’avait toujours pas de président. Pis, bientôt deux semaines après la tenue du scrutin, le 26 novembre, tout porte à croire que le pays d’Amérique centrale est le théâtre d’une fraude électorale de grande envergure visant à priver la gauche de la victoire. Un procédé auquel a déjà eu recours par le passé l’oligarchie locale pour conserver le pouvoir, avec l’appui ostentatoire des Etats-Unis, qui ont fait de Tegucigalpa leur chasse gardée grâce à l’installation de deux bases militaires, Palmerola et Mosquitia.

Le 26 novembre au soir, Salvador Nasralla, candidat de l’Alliance d’opposition contre la dictature, jouissait pourtant d’une confortable avance avec 45,17% des suffrages, contre 41% sur son principal concurrent, le controversé chef de l’Etat sortant, Juan Orlando Hernandez, selon un premier décompte partiel. Puis, fait «étrange», le système de comptage du Tribunal suprême électoral (TSE) est tombé en panne à deux heures du matin, le lundi 27 novembre. Depuis, le TSE tergiverse pour mieux préserver les intérêts du Parti national (droite) au pouvoir. Vivement critiqué pour sa partialité, le président de l’entité, David Matamoros, a indiqué qu’un comptage «spécial» débuterait le dimanche suivant, tout en lâchant une information sulfureuse: malgré la «mystérieuse» panne technique de lundi, Juan Orlando Hernandez serait désormais en tête de la présidentielle avec 42,92% des votes, contre 41,42% pour Nasralla, d’après 94,35% des bulletins dépouillés.

Appel à descendre dans les rues pour freiner un «nouveau coup d’Etat»

Depuis le 30 novembre, le journaliste et chef de file de l’Alliance d’opposition contre la dictature Salvador Nasralla appelle les Honduriens à ne pas se laisser voler l’élection, en descendant dans les rues pour freiner ce «nouveau coup d’Etat», après le putsch constitutionnel contre le président Manuel Zelaya en 2009. La coalition de gauche a exigé rapidement que plus de 5’000  procès-verbaux litigieux soient révisés, ce que le TSE a refusé dans un premier temps, avant de l’accepter. Ce dernier refusait également de se pencher sur un millier de résultats provenant des urnes «de Lempira, La Paz et Intebuca, où l’on ne peut expliquer comment, dans ces villes maltraitées (sur le plan social – ndlr), 75% de l’électorat ont voté», contre 50% dans le reste du pays, a fustigé Salvador Nasralla devant les caméras de TeleSur. Le candidat de la gauche, qui estime avoir «une avance de plus de 200’000 voix sur (son) rival», a néanmoins «suggéré au gouvernement de refaire l’élection présidentielle avec calme, afin de garantir le retour à la normalité». A l’heure où nous écrivions ces lignes, l’opposition demandait finalement la vérification de tous les procès-verbaux (au nombre de 18’000) et le recomptage de tous les bulletins de vote, ce à quoi Juan Orlando Hernandez s’était dit disposé.

Voilà des années que Juan Orlando Hernandez s’échine à façonner à sa main les différentes instances du pouvoir afin d’accéder à la plus haute fonction du pays. Depuis 2013, il a manœuvré pour se représenter à la présidentielle de 2017, alors que la Constitution le lui interdisait. Craignant la fronde de la rue et les appels à manifester de l’opposition, qui avait convoqué hier de nouveaux rassemblements dans les principales villes du pays, le Conseil des ministres a décrété l’état d’urgence pour une durée de dix jours.

Le Bureau national des droits humains au Honduras (MNDHH) a demandé au procureur de la République «d’enquêter» sur Ricardo Alvarez, désigné pour assurer l’intérim présidentiel mais surtout pour mater les mouvements de mécontentement et accusé d’«avoir violé plusieurs articles de la Constitution». Dans un communiqué, les organisations membres s’inquiètent «des grands reculs démocratiques et des violations des droits de l’homme» qui ont cours au Honduras. «Nous exigeons de l’Etat hondurien et en particulier des forces de sécurité et de défense publique qu’ils respectent le droit à la contestation pacifique», exhorte le MNDHH, alors qu’une manifestante a été tuée samedi dernier, portant à sept le nombre de victimes. La crise politique s’installe durablement depuis le renversement de Manuel Zelaya qui, par là même, a porté un coup très dur à la fragile démocratie qui vivotait jusqu’alors.

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