«Les contrats ISP sont indispensables à notre société!»

Neuchâtel • Dans une lettre ouverte aux autorités neuchâteloises, que nous reproduisons ici, Mélanie Viteri-Schmidt, en contrat ISP à la Joliette jusqu’à la fin du mois, dénonce les conséquences du non-renouvellement de plusieurs contrats d’insertion.

Voir également notre article “L’absence de budget affecte les plus faibles

Mesdames, Messieurs,

Il y a 21 ans déjà que les premiers contrats ISP ont été crées dans le canton de Neuchâtel. Les programmes d’insertion socio-professionnelles sont nés d’une volonté politique qui a abouti à la promulgation de la loi de décembre 1996. Avant la mise en place de ces programmes, rien n’accompagnait les bénéficiaires de l’Aide sociale vers l’insertion. Ils n’avaient aucune occupation pour conserver un rythme quotidien nécessaire à un bon équilibre psychologique et une bonne santé physique qui leur auraient permis d’entretenir toutes leurs compétences, leurs qualités et leurs atouts pour garder la chance de retrouver une place valorisante dans notre société.

Cela fait quelques temps que, sous contrat ISP, je participe à des mesures de différents programmes d’insertion. J’y ai observé des centaines de situations pour lesquelles ils sont indispensables à notre société. Ils accompagnent et soutiennent dans les démarches de réinsertion. Ils aident à la mise sur pied de projets utiles à Tous ! Ils permettent de sortir de la solitude, d’acquérir une multitude de savoir-faire, de développer les capacités d’organisation. Ils offrent des lieux d’expériences et d’échange qui permettent aux participants d’évoluer.

J’y ai vu des êtres, détruits par les épreuves de la vie, y retrouver un sens; des agoraphobes sortir de chez eux et s’ouvrir au monde; des réfugiés qui apprennent comment nous travaillons dans notre pays et qui trouvent une formation; des cinquantenaires dégoûtés d’avoir travaillé toute leur vie et de se retrouver là, qui reprennent du poil de la bête et refont des projets; des mères de famille qui recommencent à zéro, enfants sous le bras, qui y trouvent la force de continuer ; des jeunes gens, tombés dans la drogue ou l’alcoolisme, qui reprennent une vie socialement équilibrée et sans addiction grâce aux réseaux organisés entre les responsables des mesures ISP, les Services sociaux, le chômage et les médecins. J’ai aussi vu des gens auxquels les docteurs ont ôté tout espoir de projet et qui, en passant par un programme d’insertion, se sont découvert plein de possibilités en se rendant utiles à la société.

Après des années de lutte avec ma santé, j’ai dû arrêter de travailler. S’il n’y avait pas eu les contrats ISP, je serai restée à la maison et la chaise roulante serait peut-être déjà sous mes fesses. Grâce à eux, j’ai pu monter des animations dans les Centres de requérants d’asile. A l’heure actuelle, j’aide à l’insertion ceux qui sont en deuxième accueil. Pour moi, c’est une nouvelle vie !

Je suis sûre d’une chose : cette suppression de budget n’est bonne pour personne ; elle pousse une partie de la population, la plus fragile, vers l’exclusion. Nous en paierons rapidement les conséquences. D’autres pays en ont déjà fait l’expérience, poussant les plus pauvres à se marginaliser : il serait plus sage d’en tirer les enseignements. Nous avons un devoir moral les uns envers les autres. Battons-nous ensemble pour garder nos acquis sociaux.

A nos politiques d’imaginer rapidement les solutions indispensables au règlement de cette situation invivable pour les bénéficiaires n’ayant pas eu de renouvellement de leur contrat ISP. Ce serait une preuve de leur décence et leur humanité ! Qu’ils stoppent leur bisbilles politiques que nous payons et qu’ils cessent de saboter nos acquis sociaux !