Climat: vers une condamnation politique?

Vaud • Après la confirmation de sa condamnation par la justice vaudoise pour avoir participé à un sit-in au sein des Retraites populaires, rencontre avec le popiste et militant de la Coordination vaudoise de la Grève du climat, Zakaria Dridi.

Le jeune militant Zakaria Dridi (ici accompagné de son avocate Loucy Weil) fera recours au Tribunal fédéral contre sa condamnation. (POP)

Il est le premier membre de la Grève du climat à être poursuivi pour une action de désobéissance civile. On lui reproche d’avoir participé à l’une des actions du mouvement visant à dénoncer les financements suisses dans les énergies fossiles.

Rappel des faits
Le 15 septembre, alors que des militants impriment des mains rouges à l’éco-gouache sur la façade du Credit Suisse (CS) de Saint-François, d’autres, dont Zakaria, investissent les locaux des Retraites Populaires (RP). Cet établissement financier gère la Caisse de pension de l’Etat de Vaud. Dans une vidéo du POP-Vaud, il rappelle les faits: «Nous avons eu des échanges avec le PDG des RP. Il nous expliquait qu’ils avaient déjà un programme qui était très bien (en matière environnementale), mais qui ne nous convenait pas. Alors nous nous sommes assis… en expliquant nos revendications, à savoir que les fonds publics doivent cesser d’être investis dans les énergies fossiles, à la suite de quoi nous avons été sortis par la police».
Quelques semaines plus tard, il reçoit une ouverture d’instruction pénale du Tribunal des mineurs, puis un mandat de comparution. La plainte n’émane pas des RP, mais du Ministère Public suite à une dénonciation de police pour «empêchement d’accomplir un acte officiel» et «infraction à la loi sur les contraventions». Il sera condamné en première instance à six journées de travail d’intérêt général assorties d’un sursis avec mise à l’essai pour un an. Ayant fait appel de la décision, il attendait d’être blanchi pour une action non violente, dont il reste convaincu de l’utilité. Il n’en sera rien, puisque jeudi le Tribunal cantonal a confirmé sa peine. En attendant d’aller plaider sa cause devant le Tribunal fédéral, Zakaria Dridi se confie.

Comment avez-vous reçu la confirmation de votre condamnation?

Zakaria Dridi J’ai été très déçu, parce qu’avec mon avocate et la grève du climat, on gardait espoir. Contrairement à l’affaire du CS, il n’y a pas eu de poursuites pour violation de domicile de la part des RP. De plus, nous avons accompli la plus petite action de désobéissance civile possible, on s’est simplement assis! Le fait que la poursuite émane de la police et non des RP nous amène à n’y voir que de la répression pure.

Si l’on voit la répression policière et judiciaire des mouvements de protection du climat comme étant politique, en visant à décourager la mobilisation, on peut s’interroger sur son efficacité. Votre avis?

Il s’agit d’une répression policière et judiciaire, qui est politique. Selon moi, la procureure l’a reconnu en demandant une peine de «principe». D’après elle, il faut absolument condamner parce «qu’il faut que cela s’arrête». Il s’agit bien de faire peur à celles et ceux qui auraient envie de passer à l’action. Une telle méthode est à double tranchant. Si elle effraye, elle risque de provoquer un désespoir chez des militant.e.s qui, à force de ne pas être entendu.e.s, pourraient alors se tourner vers des formes d’action plus radicales comme le sabotage.
La désobéissance civile consiste à mener une action en acceptant d’être arrêté.e.s puis d’en assumer les conséquences. Là, on est face à une machinerie policière et judiciaire encourageant des formes de luttes qui chercheront à lui échapper.
Je tiens à préciser que si ma condamnation a été relativement modeste, cela est dû au fait que je suis mineur. La condamnation des majeur.e.s ne l’est pas. Pour ces personnes, on parle de 20 jours-amendes à 30 frs. Peine assortie de sursis (deux ans) pour les personnes n’ayant pas d’antécédent – et sans sursis pour celles et ceux ayant déjà participé à d’autres actions leur ayant valu des condamnations, ainsi que 200 frs d’amendes convertis en sept jours de prison. Cela sans compter sur les plus de 6’000 francs de frais de procédure que les personnes devront se partager. Tout ça pour un sit-in de cinq minutes!

Cette répression n’est-elle pas contre- productive, plaçant la focale médiatique sur l’urgence climatique et l’inaction politique?

Oui c’est contre-productif pour l’Etat et la justice, car ce petit jeu remet ces questions sur la table. Toutefois, je me demande jusqu’à quand l’attention médiatique se poursuivra. En ce qui concerne les condamnations de l’affaire du CS, il n’y en a pas eu tant, et pour moi encore moins. Je doute donc de l’utilité de celle-ci.

Avez-vous des nouvelles des investissements des Retraites Populaires dans les matières fossiles?

Oui, c’était d’ailleurs au cœur de notre défense. A savoir que dans une publication de l’AGEFI, le porte-parole des RP a déclaré que notre action avait fait office d’accélérateur pour leur politique en matière environnementale. Cela nous l’avons présenté au procès comme attestant de l’utilité de nos actes. L’absence de plainte témoigne, elle, de la proportionnalité d’une protestation assise. Si les RP avaient depuis 2015 déjà, une politique climatique, celle-ci stagnait du fait de syndicats et d’autres qui craignaient un manque de rentabilité des rendements.
Des rencontres avaient été demandées, mais refusées. Un mois après l’occupation, plusieurs réunions ont eu lieu notamment avec des associations militant pour le «désinvestissement». Celles-ci semblent avoir porté leurs fruits puisque les RP ont mis en application une politique en la matière. C’est en cela que je suis déçu, car un tel revirement montre l’utilité de notre action et démontre l’état de nécessité licite, alors que dans l’affaire du CS l’utilité de leur action a été réfutée par le juge. Ce dernier estime que d’avoir porté l’urgence de la situation dans le débat public via les médias était insuffisant pour démontrer l’utilité de leur action. Dans notre cas cela aura vraiment produit des effets.

Des popistes vous ont apporté leur soutien au tribunal. Regrettez-vous que les Verts notamment n’aient pas défendu votre désobéissance civile comme acte politique?

Pas dépité mais dégoûté. Même si je sais que les partis bourgeois n’iront pas contre leurs intérêts. Je soulignerais d’ailleurs que les Verts ont salué l’action de la police au Conseil communal en janvier pour avoir rétabli l’ordre Ceci après une intervention interrogeant le contexte qui avait conduit à ce qu’une militante soit bousculée par la police. Les images avaient été diffusées par la presse.

Pour certains leaders politiques, la responsabilité de l’extrême lenteur de la transition vers une société décarbonée incomberait à une population refusant de réduire son confort. Qu’en dites-vous?

Ces discours sont lénifiants. Pour avancer un chiffre, les émissions de la place financière suisse sont 22 fois plus importantes que celles de la population. Cela montre que le problème ne concerne pas l’échelle des individus. Cependant, axer le discours sur les villas avec piscine qui consomment plus que les appartements est toutefois intéressant puisque pour avancer, il faudra renoncer à une partie du confort bourgeois. Toutefois, en abordant ainsi, le problème on sera pris de court. Il faut s’attaquer aux vrais responsables, la place financière et les multinationales!